Réforme des retraites : L’éclairage de Mounir Belhamiti

Mounir Belhamiti

Alors que la réforme des retraites est sur toutes les lèvres, comment les députés travaillent t-il sur cet épineux dossier, sorte de test grandeur nature pour les nouveaux élus ? L’éclairage politique s’intéresse aujourd’hui à Mounir Belhamiti. Alors député suppléant sur le mandat précédent en remplacement de François De Rugy, nommé Président de l’Assemblée Nationale, le député est rentré dans la cour des grands pour cette nouvelle mandature. Elu à Nantes-Orvault et Sautron, Mounir Belhamiti travaille dans une circonscription reflétant une « mini France » à l’échelle locale. Entretien. Photo : Mounir Belhamiti 

Vous avez publié « votre point de vue » sur la réforme des retraites, pourquoi ce texte ?

Parce que le gouvernement a lancé le projet de loi avec une conférence de presse et le rôle des parlementaires de la majorité, c’est aussi d’expliquer leur point de vue à leurs concitoyens, aux électeurs et électrices et plus largement aux habitants de la circonscription. Cela permet d’objectiver une situation qui est une réalité factuelle et indéniable malgré ce que certains et certaines veulent nous dire, d’expliquer ce que contient ce projet de réforme et comment moi, député de la majorité présidentielle de Nantes Orvault Sautron, je vais me mobiliser sur cette question dans les semaines qui viennent.

L’emploi des seniors dans le pays est un vrai enjeu surtout quand on demande aux Françaises et aux Français de travailler un peu plus longtemps.

En tant que député comment travaillez-vous sur cette réforme des retraites notamment dans votre circonscription ?

Il y a des rencontres avec des groupes de représentation soit locaux soit interprofessionnels ou professionnels, commencées dès ma prise de fonction. On a un travail en groupe à l’Assemblée autour des [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »4,5,6,8″ ihc_mb_template= »1″ ]

ministres concernés et des membres de la commission dans laquelle le texte va atterrir très rapidement maintenant. Je ne suis pas dans la commission des affaires sociales mais je vais avec d’autres collègues proposer des amendements concernant des sujets qui me semblent importants de voir évoluer dans le cadre du travail parlementaire.

Quel(s) type(s) d’amendement(s) allez-vous proposer ?

Pour l’instant je n’ai pas encore arbitré c’est encore trop tôt, il faut vraiment que l’on ait le texte final sur la table. Il y a des sujets que l’on va regarder de près, je pense aux carrières hachées, aux carrières longues, à la pénibilité et comment elle est prise en compte. L’emploi des seniors dans le pays est un vrai enjeu surtout quand on demande aux Françaises et aux Français de travailler un peu plus longtemps. Je pense qu’il y a matière à aller plus loin concernant la question de l’index mise sur la table par le gouvernement.

En parlant de négociations, le Modem parle d’allonger le temps de travail par semaine, est-ce que vous pensez que cela peut-être une variable d’ajustement pour la réforme des retraites ?

D’abord, ce n’est pas cohérent par rapport à ce que l’on a déja mis en oeuvre depuis le début de ce quinquennat, c’est-à-dire valoriser le travail. L’allongement du temps de travail sans augmentation de salaire, puisque de fait plus d’heures supplémentaires, je ne crois pas que ce soit de nature à équilibrer les comptes du régime de retraite. Et puis, ce n’est pas un bon signal à mon sens sur ce que doit être le temps de travail de référence en France, et sur la rémunération du temps travaillé au-delà de la durée légale.

Pour vous ce n’est pas une bonne solution ?

D’un point de vue comptable visiblement ça n’a pas l’air d’être la panacée, et d’un point de vue politique je ne suis pas certain que ce soit très clair par rapport à ce que l’on a déja défendu, y compris avec nos collègues du Modem. Allonger le temps de travail sans augmenter les salaires et/ou en jouant sur les cotisations, je pense que ça risquerait de produire l’effet inverse de ce qui était souhaité, c’est à dire générer plus de cotisations, parce qu’en fait ça risque de détruire l’emploi.

Comment avez-vous perçu la mobilisation de jeudi dernier et les revendications des ligériens ?

Il n’y a jamais eu une réforme des retraites qui n’ait pas donné lieu à une mobilisation. Les gens, à juste titre, sont attachés à notre système de retraite par répartition, à ce pacte entre les générations. Pour une grande part de la population, il y a encore un travail d’explications et de clarification de ce projet à mener. C’est le rôle du parlementaire, des élus locaux afin de faire en sorte qu’il y ait dans notre pays les conditions pour que nous créions du consensus.

Il y a aussi des gens qui manifestent et portent un projet politique totalement opposé au nôtre. Ils sont pour le retour de la retraite à 60 ans, c’est à dire 90 milliards de prélèvement fiscaux en plus, disent que le Conseil d’orientation des retraites n’est pas légitime à exprimer des scénarios et que par conséquent les 10 millards annoncés, soit ils n’existent pas, soit consisteraient à laisser filer un déficit. On est face à une forme d’irresponsabilité budgétaire pour les uns, démagogie pour d’autres.

Mes collègues à l’Assemblée proposent des périodes où l’encadrement d’associations puisse faire valoir des trimestres à la retraite. C’est une piste que l’on doit pouvoir étudier.

D’autres aussi ont un vrai problème avec la valeur travail. Sandrine Rousseau (Députée NUPES-EELV) considère que le travail est une valeur de droite. On a une conception du travail diamétralement opposée. Quand je vois des députés NUPES l’accueillir à Nantes comme une espèce de prophète de la décroissance et de la déconstruction, c’est cohérent qu’ils se retrouvent avec les partisans dans la rue à dénoncer la revalorisation du travail et un effort demandé aux travailleurs pour équilibrer un système de retraite qui doit être préservé.

Vous pensez que la France a perdu cette valeur travail ?

Le travail parlementaire aura à traiter le sujet du sens du travail et de la place des travailleurs dans la société. Aujourd’hui, il y a beaucoup de souffrances au travail sur des métiers non pénibles au sens physique, mais une souffrance intellectuelle, psychologique. D’abord reconnaître certaines souffrances et pathologies liées à ces métiers là. Il faut évidemment qu’avec la médecine du travail on reconnaisse mieux les gestes pénibles.

On a un vrai travail avec les branches, les syndicats de patronat, le MEDEF et syndicats de salariés pour que ces engagements extra professionnels puissent être reconnus dans le cadre de contrat de travail

Mes collègues à l’Assemblée proposent des périodes où l’encadrement d’associations puisse faire valoir des trimestres à la retraite. C’est une piste que l’on doit pouvoir étudier, permettre à des salariés, travailleurs de se réaliser dans le cadre de leur activité professionnelle avec de l’engagement associatif, du tutorat, du bénévolat qui soient reconnus.

Je pense aussi aux réservistes de la police nationale. Durant les incendies de forêts l’été dernier, on a eu parfois du mal à aller chercher des réservistes pour avoir des pompiers sur le terrain, parce que c’était difficile pour les entreprises de les libérer. On a un vrai travail avec les branches, les syndicats de patronat, le MEDEF et syndicats de salariés pour que ces engagements extra professionnels puissent être reconnus dans le cadre de contrat de travail. Ça permet de donner du sens au travail.

C’est pour cela que selon vous la réforme des retraites est « juste » ?

Tout à fait. Regardons ce qu’il se passe autour de nous. L’Allemagne avec un gouvernement socialiste, l’Espagne avec un gouvernement socialiste, ont largement dépassé les 64 ans. Ça voudrait dire quoi ? Que d’un point de vue compétitivité, on laisserait la France se déclasser à l’échelle européenne et à l’échelle internationale parce qu’on aurait laisser filer les déficits et on aurait considéré que finalement arrivés à 60 ans on ne puisse plus travailler. D’abord ce n’est pas le sens de l’histoire et de la démographique de notre pays et des pays industrialisés particulièrement et ce n’est pas à mon sens l’idée que nous pourrions nous faire collectivement de ce que représente le travail.

Vous craignez le 49.3 sur cette réforme des retraites ?

C’est une éventualité puisqu’on est sur un projet de loi de finances de la sécurité sociale rectificative. On peut aussi avoir recours au 47.1, une modalité d’acceptation de texte dans la Constitution. Mais on peut aussi avoir une adoption de façon simple si toutefois les députés des oppositions du PS et RN ne font pas d’obstruction parlementaire, c’est un peu ma crainte.

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