Risque incendie : Quel avenir pour les feux d’artifice l’รฉtรฉ en Loire-Atlantique ?

Fireworks bursting in a dark sky with white streaks and red smoke at the bottom, celebrating at night.

Durant l’été, voir le feu d’artifice du 14 juillet annulé est devenu une habitude. Chaleur, sécheresse et risque d’incendies sont presque systématiques à cette période, depuis quelques années. Alors quel avenir pour ces spectacles pyrotechniques ? Comment les communes et les élus se projettent-ils ? Tour d’horizon en Loire-Atlantique.

Il peut être tiré le 10, 13 ,14 juillet, la date change mais la problématique reste la même. En période de fortes chaleurs et de sécheresse, le risque d’incendies est élevé. Ainsi, les habitants ne peuvent pas contempler un ciel animé de fusées féeriques. Un instant magique se transformant en casse-tête pour les communes. Certaines ont déjà programmé des alternatives, d’autres avaient encore cette année prévu ce rendez-vous traditionnel. La question de l’avenir de ces spectacles pyrotechniques en plein été se pose. Les collectivités doivent donc relever un défi, celui du maintien d’un temps convivial et enchanteur.

ETE 2026 : Les températures les plus chaudes jamais enregistrées

Le printemps n’était pas encore terminé quand une vague de chaleur est arrivée  en France, notamment en Loire-Atlantique. Deux canicules ont ensuite fait suffoquer le pays, particulièrement le département en juin puis en juillet. Durant la canicule de juin, les températures des 24 et 25 ont été les plus élevées jamais enregistrées en France. Plus de 42°C à Nantes et 43,9°C au Pallet. La sécheresse qui en découle n’a pas tardé entrainant des restrictions sur les bassins versants et l’usage de l’eau potable ainsi que sur l’accès aux forêts. 

Gros point de vigilance, le risque d’incendies. Depuis le 30 avril 2026, les préfets peuvent en parallèle du code forestier prendre des arrêtés afin de définir des règles d’usage du feu et d’activités à risque d’incendie. Ainsi, le Préfet de la Loire-Atlantique a pris un arrêté le 10 juillet dernier interdisant les feux d’artifice et les autres activités pyrotechniques. Le couperet est donc tombé dans les communes rencontrant chaque année une situation quasi identique à l’approche du 14 juillet. Encore aujourd’hui, la Loire-Atlantique est ce jour en vigilance orange pour risque de feu de forêt et de végétation, dans un contexte national où de violents incendies ravagent la Gironde et le Var.

Des annulations en cascade 

Alors qu’un tel arrêté était fortement envisagé par les communes, quelques jours avant le 14 juillet, plusieurs d’entre-elles ont décidé de déprogrammer l’évènement. C’est le cas à Vallet ou encore à Saint-Sébastien-sur-Loire où le spectacle pyrotechnique a été décalé en décembre prochain pour la première et en septembre pour la seconde. « On a anticipé l’arrêté préfectoral dans l’optique d’être responsables par rapport aux sols et afin de garantir la sécurité des biens et des personnes et d’éviter de surcharger les services de secours inutilement juste pour un feu d’artifice » explique Anthony Méaude, Adjoint à Vallet. Parfois, seules les animations ont été proposées. Pour d’autres, tout est passé à la trappe.

Miser sur un spectacle alternatif

Depuis trois ans, Rezé a changé d’évènement à l’occasion du 14 juillet. Cette année, un spectacle lumineux a été présenté au public le lundi 13. Basse-Goulaine a aussi choisi de faire différemment en optant pour un feu d’artifice en décembre. Même volonté à Haute-Goulaine où un spectacle laser était programmé lors de la Fête Tricolore du 10 juillet. Des faisceaux qui n’ont pas pu illuminer le ciel en raison d’un incendie s’étant déclaré sur le territoire en fin d’après-midi. « L’année dernière, le feu d’artifice a été annulé, on risquait d’avoir le même scénario car la sécheresse s’intensifie et cela s’est bien produit » nous confiait Laurent Duong, adjoint Culture, sports vie associative et évènementiel goulainais.

« Certaines villes comme la nôtre ne se situant pas sur la côte et n’ayant pas la possibilité de tirer en front de mer auront cette réflexion à avoir ». Questionné en amont de cette soirée, il nous expliquait que la nouvelle équipe municipale a pris en compte la question environnementale par rapport au Marais de Goulaine, lieu des festivités. Dans ce site protégé Natura 2000 « il y a un écosystème de faune et les feux d’artifice peuvent générer du stress auprès de certaines espèces animales quittant alors leur nid, ce qui peut entraîner une surmortalité chez ces espèces » précise-t-il. 

Garder les fusées étincelantes en 2026

A Vallet par exemple, le marché de Noël sera ponctué d’un feu d’artifice comme l’an dernier. En effet, alors qu’une annulation avait aussi perturbé le planning, décaler s’est imposé. Priorité ? Trouver une date adaptée « il faut qu’il y ait une manifestation qui le permette » souligne Anthony Méaude. En cas de déprogrammation, l’argent est tout simplement perdu, d’où l’envie aussi de reporter si cela est possible. « L’année dernière, on a eu un gros succès lors du marché de Noël, en décembre il récupérera la grosse base du feu d’artifice du 13 juillet » ajoute-t-il.

Du côté de Saint-Sébastien-sur-Loire, même contrainte et volonté de maintenir un évènement convivial. « On avait un spectacle qui avait déjà été payé l’année dernière et on l’avait reporté, ça devient trop compliqué » nous indique la ville. Elle a choisi une nouvelle soirée, le samedi 19 septembre durant laquelle il y aura des animations musicales. « On s’est demandé quel était le meilleur moment, l’hiver on n’est pas sûr que ce soit mieux. On va essayer le mois de septembre » décrit la ville de Saint-Sébastien-sur-Loire.

Une réflexion en cours

A Vallet comme à Saint-Sébastien-sur-Loire, le sujet de l’avenir du feu d’artifice est sur la table. Pas facile de réinventer une soirée dont le déroulé est bien ancré. « Le feu d’artifice du 14 juillet comme du 15 août, c’est traditionnel. Le 14 juillet est un jour important pour les gens, ça leur permet de sortir de chez eux, de faire un peu de lien social, c’est une fête populaire » rappelle Anthony Méaude, adjoint valletais. Même préoccupation à Saint-Sébastien-sur-Loire « Le meilleur spectacle qui rassemble le plus de nombre et qui fait l’unanimité c’est quand même le feu d’artifice ».

Cette année, les nouvelles équipes municipales se sont mises en place, des marchés déjà attribués n’ont pas laissé beaucoup de marges de manoeuvre notamment à Vallet. « Pour les trois ans à venir, on n’a pas d’alternatives mais on va commencer à réfléchir sur le tir du 13 juillet car on se rend compte que les conditions climatiques ne s’améliorent pas à cette période » affirme Anthony Méaude. « Ça va devenir de plus en plus compliqué, à nous de trouver et pourquoi pas sonder nos administrés afin de savoir s’ils ont des idées ». Discussions similaires dans la commune sebastiennaise, « C’est une réflexion ouverte chez nous, il n’y a pas de décision définitive, on écarte des options trop coûteuses. Les élus vont challenger un peu les équipes » nous explique-t-elle. Mettant en place un programme d’été avec un festival, elle pourrait en juillet laisser de côté « l’aspect nocturne » et attribuer ce budget aux festivités de Noël qu’elle souhaite « plus fortes ».

Alternatives : Des interrogations sur le budget, le succès auprès des habitants et la mise en place technique

Parmi les premières idées, les drones arrivent presque à chaque fois en tête. A Haute-Goulaine, Vallet et Saint-Sébastien-sur-Loire, l’option a été rapidement écartée. « On est parti sur des drones parce que c’est assez intuitif mais quand on a vu les tarifs, ils étaient totalement hors de prix donc on a regardé d’autres types de spectacles évènementiels immersifs, lumineux. On a découvert le spectacle laser » se remémore Laurent Duong, adjoint à Haute-Goulaine. « Sur les drones, le spectacle commence à 15 000 € voire 20 000 €, un budget largement supérieur à ce que l’on a contracté » nous dévoile l’adjoint valletais. Même constat à Saint-Sébastien-sur-Loire trouvant ce projet « trop cher », la ville s’était alors questionnée pour tirer le feu d’artifice sur la Loire mais le budget était « multiplié par 4 avec moindre capacité d’accueil du public. »

D’autres pistes sont à l’étude mais des freins persistent « On verra si on peut avoir une alternative laser qui coûte moins cher, il faudra voir du côté technique avec le prestataire et les services pour savoir si on peut le faire. Nous n’avons pas encore tous les éléments pour partir sur cette stratégie » résume Anthony Méaude à Vallet. A Haute-Goulaine ayant déjà opté pour les faisceaux plutôt que les fusées, les drones ont aussi été envisagés comme des ballons lumineux.

Concernant le spectacle laser,  il comporte d’autres contraintes techniques « On a l’habitude de tirer le feu d’artifice, là ça doit être totalement dégagé avec une distance de sécurité de 40 mètres devant la scène » détaille Laurent Duong. A Saint-Sébastien-sur-Loire, 10 000 spectateurs se sont rendus tous les ans au feu d’artifice montrant un intérêt particulier pour cette soirée. « Combien de personnes vont réunir les autres spectacles ? Est-ce que les gens vont être aussi satisfaits ? On n’a pas trop le recul même si l’arrêt du feu d’artifice le 14 juillet est quasiment sûr, les habitants nous disent gentiment qu’il faut peut-être arrêter » confie la ville de Saint-Sébastien-sur-Loire. 

Des projections et des doutes avec un constat identique, celui de festivités estivales pyrotechniques devenues très compliquées. Le 15 août prochain, un feu d’artifice sera proposé à La Chevrolière lors de la Fête des Pêcheurs. Sollicitée par la rédaction afin d’évoquer cette parenthèse nocturne enchantée, la commune nous a précisé que les organisateurs ne savent pas encore se prononcer sur le sujet. Les conditions climatiques seront-elles réunies pour voir s’illuminer la nuit durant l’été dans la région nantaise ?

Photo : Feu d’artifice, DR

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