Les sapeurs-pompiers de Loire-Atlantique engagés sur de nombreux feux de végétation

Firefighters in black and yellow turnout gear handling a yellow fire hose next to a red fire engine with striped reflective panels amid a burnt, smoky landscape.

Les images de forêts partant en fumée marquent notre été. Canicule et sécheresse ont rendu les terres de Loire-Atlantique particulièrement sensibles aux incendies. Les pompiers se retrouvent mobilisés dans plusieurs communes. Les régions françaises sont quasi toutes concernées par ce risque. En Gironde, un mégafeu a demandé un déploiement de nombreux hommes et femmes ainsi que d’engins sur le terrain. Alors comment les pompiers de Loire-Atlantique affrontent-ils des feux de forte intensité dans le département ? Partis en Gironde, quelles ont été leurs missions ? Explications et témoignage.

Débuté à Saumos le 22 juillet 2026, l’incendie en Gironde a ravagé plus de 42 000 hectares. Face à ce mégafeu, des sapeurs-pompiers venant de toute la France sont venus prêter main forte. Des équipes du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) 44 sont intervenues. Une mobilisation en parallèle de multiples combats contre les flammes cet été en Loire-Atlantique.

Des feux de végétation dont l’intensité augmente au fil des années

Durant cette période estivale, de nombreuses flammes ont été aperçues dans le département. Hier, des feux de végétation ont touché Saint-Mars-du-Désert et Le Clion-sur-Mer à Pornic. D’autres villes ont été impactées par des incendies comme Nantes dans des bidonvilles ou encore Haute-Goulaine. Le 10 juillet dernier, la Plaine-sur-Mer était touchée avec plus de 80 hectares dévastés. Des canicules qui s’enchaînent, une sécheresse importante conduisant à un risque d’incendie élevé entrainant plusieurs interdictions.

« Les pompiers ont été capables de faire face, on a eu affaire à des feux virulents comme celui de la Plaine avec des vents tournants, comme à Trignac et sur Nantes. On était dans une interface zone urbaine et zone rurale qui a nécessité à chaque fois l’engagement d’importants moyens » décrit Jérôme Langlois, capitaine au SDIS 44. Concernant cette commune du littoral, les sapeurs-pompiers ont retrouvé « la même configuration que les feux de végétation dans le sud de la France » observe-t-il. 

Le capitaine Jérôme Langlois du SDIS 44, DR

De premiers chiffres indiqués par le SDIS 44 font apparaître une sollicitation de « 15 % en plus ». Ce n’est pas forcément le nombre d’interventions qui évolue mais plutôt celui des engins et personnels devant être déployés pour une mission sur une grande surface et durant dans le temps.

« Une expérience professionnelle grandissante »

Des ajustements pour mener la lutte

Chaque année, les sapeurs-pompiers de Loire-Atlantique épaulent leurs collègues dans le sud de la France. « Au regard des grands feux qu’ils ont, cela nous permet de pouvoir disposer d’une expérience professionnelle grandissante et quand cela nous arrive, de les gérer correctement » souligne Jérôme Langlois. La doctrine opérationnelle française consiste à réaliser une attaque massive pour traiter un feu naissant.

En 2022, de nouveaux camions 4X4 ont été achetés dans le cadre du pacte capacitaire avec un fonds d’aide de l’Etat prenant en charge 50 % du prix. Des drones ont aussi été achetés via le fonds verts, ils sont plus efficaces et disposent de caméras thermiques donnant « une situation géographique du feu » et rendant possible le repérage de points chauds.

Une convention a également été signée avec les agriculteurs afin que des tonnes à eau soient mises à disposition des pompiers. Autre élément important, la sensibilisation auprès des habitants avec des vidéos diffusées sur le site du SDIS 44. Des échanges ont également lieu avec les agriculteurs afin de parler de la manière de récolter « leurs céréales qui permettrait d’éviter de mettre le feu à l’ensemble de leur parcelle ou à une parcelle voisine ». Des avancées mais des effectifs et moyens jugés insuffisants par plusieurs syndicats de pompiers lançant un appel à la grève au niveau national le jeudi 13 août.

Une « impression de bis repetita »

Le récit de 72h au coeur du brasier girondin

La mobilisation des sapeurs-pompiers s’est effectuée en plusieurs vagues après la demande formulée par la Gironde. Dans un premier temps, 22 d’entre-eux ont pris la route vers Saumos, avec 6 engins, le jour même. La situation s’aggravant, d’autres renforts ont été sollicités. Jérôme Langlois a ainsi rejoint une colonne feux urbains composée de 14 sapeurs-pompiers de Loire-Atlantique dont la mission était de protéger les habitations ou les entreprises. « le vendredi soir, ils craignaient que le feu atteigne l’agglomération bordelaise » nous raconte-t-il « c’était un départ immédiat, donc une mobilisation en moins de 3h pour partir en moins de 4h, il nous a été demandé d’être disponibles sur 72h ».

Déjà présent à Landiras en 2022, son ressenti une fois arrivé sur les lieux a été une « impression de bis repetita » confie-t-il. Chef de détachement de la colonne feux urbains regroupant 140 pompiers de la zone ouest avec 25 engins pompes, Jérôme Langlois s’est d’abord rendu à Mérignac avant que l’équipe soit répartie sur le terrain. Première commune protégée, Saint-Médard-en-Jalles, « nous sommes arrivés à 4h30 et suite aux premières reconnaissances aériennes, ils ont vu que le feu s’était réorienté et ne menaçait plus l’ouest de Bordeaux ». La colonne a donc été redirigée vers Lege Cap-Ferret pour faire du traitement de reprise de feu et du noyage sur un camping. Dans la soirée, l’équipe a pris la direction d’Arès afin de protéger une zone commerciale le long de la Départementale 106. Après quelques heures de repos, ils ont défendu des points sensibles, réaliser des traitements de lisières et une ligne d’appui à Marcheprime, Blagon, Le Las et Saint-Jean d’Illac.

Ayant déjà connu Landiras, Jérôme Langlois a pu constater que ses collègues ont été quant à eux surpris par « l’inflammation très rapide des végétaux, à un moment, nous avons été obligés de faire une ligne d’appui face à une forêt d’eucalyptus qui s’est embrasée très vite pour protéger une entreprise et une maison . Le vent changeant régulièrement d’orientation a obligé la colonne à replier les tuyaux et à se déplacer ailleurs avec parfois un feu prenant une autre direction et poussant de nouveau à bouger de secteur.

« Une générosité débordante que l’on retrouve quatre ans après alors qu’ils subissent de nouveau des feux »

Générosité et convivialité

Dans ce contexte très éreintant, les sapeurs-pompiers ont bénéficié de la générosité des habitants. Un coup de pouce très apprécié alors que parfois ils se sont sentis isolés. En effet, alors qu’au plus fort de l’incendie, 220 000 personnes ont été évacuées, ils ont été positionnés dans des communes désertes « vous avez l’impression d’être dans une ville fantôme » se souvient Jérôme Langlois. En se déplaçant de quelques kilomètres, plus loin des flammes, un « extrême inverse » se constatait. « Les habitants dans les salles des fêtes vous préparent à manger, de temps en temps un repas chaud, il y a de la nourriture et des boissons à foison » décrit-il. En cas d’oubli de brosse à dent « il y a déjà ce qu’il faut, un véritable supermarché ! ».

Dormir reste compliqué dans des endroits si animés, les lycées ont donc ouverts leurs portes. « Une base de vie où se reposer, dans un internat en silence ». Dans ce lieu également, une main tendue du proviseur ayant décidé de lui-même d’installer quatre ostéopathes sur place « cela nous a permis de mieux récupérer. Une générosité débordante que l’on retrouve quatre ans après alors qu’ils subissent de nouveau des feux. Elle se témoigne d’une façon impressionnante quand le pays doit faire face.»

Autre aide importante, les agriculteurs et bénévoles ayant mis à disposition des tonnes à eau facilitant le travail des pompiers. Sans oublier, l’accueil des collègues girondins « ils ont vraiment le coeur sur la main » tient à souligner Jérôme Langlois. En arrivant dans un centre de secours pour demander l’itinéraire à suivre, ils leur proposaient directement un café montrant solidarité et convivialité entre pompiers « alors qu’ils sont épuisés ».

« 80 % de nos interventions sont du secours à la personne »

Le rôle essentiel des citoyens 

Ces incendies donnent envie aux citoyens de s’engager en tant que sapeurs-pompiers volontaires. Une bonne nouvelle pour des centres de secours cherchant à renforcer leurs effectifs. Jérôme Langlois met un bémol toutefois à cet élan « il ne faudrait pas en voyant un feu dimensionnant, mobilisant entre 80 et 100 pompiers de Loire-Atlantique en Gironde, que des personnes souhaitent juste faire ce type de mission ». Il rappelle leur quotidien « 80 % de nos interventions sont du secours à la personne ». Devenir pompier volontaire, c’est avant tout vouloir « servir les autres ».

Les citoyens doivent aussi être vigilants en raison du risque d’incendie. Dans le prolongement des messages publiés par le SDIS 44, Jérome Langlois alerte sur le besoin d’adopter les bons gestes « si on veut que ces feux ne soient pas traumatisants, ne procurent pas des drames humains ». Un sujet reste très préoccupant, le jet de mégot de cigarette par la fenêtre de son véhicule « avec l’effet du vent et le passage de voitures, la partie incandescente peut se retrouver sur le bord de la route et démarrer un feu. » Autres points de vigilance, tailler une haie collée à la maison et élaguer un arbre touchant les tuiles, l’objectif étant de priver le feu de combustibles, dangereux pour les pompiers et contribuant également à la destruction de biens.

« Il est important que les gens prennent conscience de tous ces gestes du quotidien » prévient Jérôme Langlois.

Photo : Une mission réalisée par les équipes du SDIS 44 en Gironde, DR

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