Par Hélène Hazlewood, Agnès Bourgeais et Sandra Impériale
Tribune. Trois maires de l’agglomération nantaise signent une tribune sur la révision du Plan d’Exposition au Bruit de l’Aéroport de Nantes-Atlantique. « C’est le développement de l’activité aéroportuaire qui doit
s’inscrire dans la réalité du territoire et non l’inverse » martèlent les maires de Saint-Aignan de Grand Lieu, Rezé et Bouguenais.
« L’État a fait le choix de maintenir l’aéroport Nantes Atlantique dans une zone urbanisée et enclavée. Les conséquences de ce choix doivent désormais être pleinement assumées. C’est à la plateforme aéroportuaire de s’adapter à son environnement urbain, et non l’inverse. La santé des riverains et la préservation de leur cadre de vie ne sauraient devenir les variables d’ajustement d’une hausse programmée du trafic aérien.
Les 24 maires de Nantes Métropole ont adressé, au début de l’été 2026, un courrier au Préfet
de la Loire-Atlantique ainsi qu’au Délégué ministériel chargé du dossier Nantes- Atlantique afin
d’exprimer leurs interrogations et leurs préoccupations légitimes concernant le projet de Plan
d’Exposition au Bruit (PEB).
Cette démarche constitue un acte politique fort, qui dépasse largement les sensibilités
partisanes. Elle témoigne de la solidarité métropolitaine et affirme clairement que les 24
communes ne laisseront pas Saint-Aignan de Grand Lieu être mise sous cloche au nom d’une
projection de croissance du trafic aérien.
La réponse écrite adressée le 3 septembre 2026 par le Délégué ministériel et le Préfet appelle
plusieurs observations et prises de position.
Le PEB, tel que défini par la loi du 1 juillet 2025, est un outil d’urbanisme destiné à prévenir
les conflits d’usage entre le développement urbain et l’activité aéroportuaire. Il vise également
à protéger les populations riveraines des nuisances sonores et à préserver leur qualité de vie.
Cet outil ne peut en aucun cas être détourné de sa vocation initiale pour remettre en cause
une urbanisation déjà constituée au seul motif d’une augmentation programmée du trafic
aérien.
La volonté unanime des élus métropolitains de protéger la santé des habitants, en retenant
les seuils réglementaires les plus protecteurs actuellement disponibles lors de la Commission
consultative de l’environnement de novembre 2025, ne saurait justifier le sacrifice progressif
des centralités urbaines historiques. La santé des riverains ne peut et ne doit pas devenir une
variable d’ajustement opposée au droit des communes à préserver leur cadre de vie, leur
attractivité et leur développement.
Si les cartes présentées par la DGAC étaient retenues, plus d’une centaine de logements à
Saint-Aignan de Grand Lieu basculeraient mécaniquement en zone B dans le cadre du projet
de PEB. Une telle décision aurait des conséquences majeures pour les habitants, en leur
imposant des contraintes liées au bruit particulièrement restrictives et en affectant durablement
la valeur de leur patrimoine. Il n’est pas acceptable que les riverains supportent seuls les
conséquences d’une augmentation programmée du trafic aérien résultant de choix qui leur
sont extérieurs.
Le périmètre envisagé de la zone B engloberait également l’ensemble des équipements
structurants de la commune : écoles, mairie, services périscolaires, crèche, équipements
sportifs et associatifs. Une telle extension aurait pour conséquence de figer les capacités
d’évolution du cœur de bourg et de remettre en cause le développement harmonieux de la
commune. A terme, c’est l’attractivité, l’équilibre et la vitalité même de Saint-Aignan de Grand
Lieu qui seraient durablement affectés.
L’idée selon laquelle le territoire devrait adapter son urbanisation existante à l’évolution du
trafic aérien pour en limiter les effets sur la santé des populations est contraire tant à l’esprit
qu’à la lettre de la loi.
Le PEB a pour objet de prévenir les nuisances générées par l’activité aéroportuaire. Il ne peut
devenir l’instrument d’un transfert de contraintes vers les habitants, les communes et leurs
projets de développement.
Nous affirmons donc avec force que la révision du PEB ne pourra être acceptée que si elle
respecte un principe fondamental : c’est le développement de l’activité aéroportuaire qui doit
s’inscrire dans la réalité du territoire et non l’inverse. Le volume de trafic envisagé doit rester
compatible avec le tissu urbain existant, la préservation des centralités et la qualité de vie des
habitants. Cette exigence constitue pour nous une ligne rouge non négociable.
En conséquence, nous renouvelons auprès de l’État notre demande formelle de dialogue et
de travail partagé sur ce projet particulièrement préoccupant. Les données ayant servi à
l’élaboration des cartes de bruit présentées doivent être communiquées de manière
exhaustive, transparente et détaillée.
Cette transparence suppose notamment la transmission précise des hypothèses retenues en
matière d’évolution du trafic aérien, des types d’appareils pris en compte, des niveaux de
puissance acoustique considérés, des plages horaires intégrées aux modélisations, ainsi que
des analyses de répartition saisonnière et journalière des mouvements. Ces éléments doivent permettre de réexaminer les cartes actuellement proposées afin de garantir que le bourg de Saint-Aignan de Grand Lieu ne soit pas pénalisé par d e s projections de trafic incompatibles avec la réalité de son tissu urbain. La zone B du futur PEB doit demeurer dans une emprise comparable à celle retenue par le PEB de 2004, tout en intégrant les exigences de protection sanitaire les plus élevées pour les populations concernées.
Il n’est pas acceptable que les choix d’évolution de la plateforme aéroportuaire conduisent à
remettre en cause le développement, l’attractivité et la vitalité d’une centralité urbaine
historique. La protection de la santé des riverains et la préservation des équilibres urbains
doivent être poursuivies conjointement, sans opposer l’une à l’autre.
Aujourd’hui comme hier, et demain plus encore, nous sommes persuadés que nous
saurons collectivement, avec l’ensemble des 24 Maires de la Métropole, faire preuve
d’unité et de détermination sans faille. Notre priorité demeure la protection de la santé
des habitants, la préservation de leur cadre de vie et la défense de l’équilibre de leurs
territoires. Ces principes guideront notre action et constituent des exigences
auxquelles nous renoncerons pas. »
Signataires :
- Hélène Hazlewood, Maire de Saint-Aignan de Grand Lieu, Vice-Présidente de Nantes Métropole
- Agnès Bourgeais, Maire de Rezé et Vice-Présidente de Nantes Métropole
- Sandra Impériale, Maire de Bouguenais et conseillère métropolitaine
Photo : Un avion survolant la région nantaise, Hello Gazette Nantes
