Journées Nationales de l’architecture : Focus sur la réhabilitation du bâti scolaire

Les Journées Nationales de l’Architecture ont débuté le 14 octobre, elles se poursuivent jusqu’à dimanche. La réhabilitation est le thème central de cette édition. Le collectif régional Plan 5 a choisi de mettre en avant le bâti scolaire. Marie-Hélène Reich, architecte et ancienne professeure des écoles nous livre son regard sur ce sujet lié au changement climatique.

La mobilisation lycéenne continue et parmi ses revendications, l’usure des bâtiments scolaires tient une place importante. Les jeunes dénoncent des plafonds qui s’effondrent, des salles de cours inadaptés à la canicule notamment. Alors que les Journées Nationales de l’Architecture se tiennent du 14 au 18 octobre 2026 sur le thème de la réhabilitation, le collectif Plan 5 réunissant des associations et institutions des Pays de la Loire met l’accent sur le patrimoine scolaire. A cette occasion, nous avons échangé avec Marie-Hélène Reich afin de comprendre le regard porté sur ce sujet en tant qu’architecte.

Un patrimoine scolaire ancien et inadapté

80 % des écoles primaires ont plus de 50 ans et plus de 75 % des lycées ont plus de 25 ans. Des établissements vieillissant donc et ne répondant plus aux besoins actuels comme ceux découlant du réchauffement climatique. En juin dernier, durant la canicule, 3500 écoles ont fermé leurs portes. En France le bâti scolaire représente 50 % du patrimoine immobilier total des communes et 30 % de celui de l’Etat. 

«Il y a eu des âges d’or de l’Education Nationale et parfois on a construit beaucoup et très vite avec des bâtiments anciens en pierre inadaptés aux évolutions climatiques ainsi que des bâtiments construits dans les années 60 et 70 ne répondant plus à un usage particulier » souligne Marie-Hélène Reich de l’agence Mabire-Reich à Nantes. « Des priorités il y en a partout mais c’est sociétal. »

Réhabiliter plutôt que construire

« On est dans une époque où on ne veut pas tout démolir parce que ce n’est pas toujours intelligent » souligne l’architecte qui avec son agence travaille sur des projets publics, particulièrement scolaires. En été, les températures caniculaires transforment cette nécessité en urgence « le réchauffement climatique arrive soudainement, on se rend compte que des bâtiments parfois réadaptés ne le sont plus suffisamment, les collectivités, maîtres d’oeuvres, architectes et bureaux d’étude en sont conscients. »

Malgré des travaux effectués dans les précédentes années, la situation semble parfois peu optimale en raison de choix architecturaux ne convenant plus aujourd’hui « En tant qu’architectes, nous sommes obligés de faire évoluer très vite notre regard » indique Marie-Hélène Reich exerçant depuis trente ans. Depuis la Règlementation environnementale 2020, le secteur du bâtiment s’appuie sur l’indicateur DH (Degré-heure) évaluant l’inconfort en jours. « Auparavant, s’il y avait quatre jours d’inconfort, il fallait peser le pour et le contre et parfois on pouvait trouver plus important de mettre du budget sur l’extérieur ou une surface d’usage importante. »

Ancienne professeure des écoles, elle se rappelle que son but était de transmettre aux élèves sans prendre réellement en compte le décor « c’est paradoxal car les lieux sont très importants pour le bien-être. » En se plaçant du côté des utilisateurs comme les étudiants qui « ont froid dans leurs salles », elle dit y voir « un manque de considération pour les personnels de l’Education Nationale et les élèves. »

La question du budget alloué

En arrivant sur une réhabilitation, les performances à atteindre sont déjà identifiées. Marie-Hélène Reich voit dans cette démarche une difficulté pour répondre à une question environnementale « plus poussée » en raison d’un coût pas « budgetisé ». Parfois ce n’est pas tant le financement mais plutôt l’entretien qui est au coeur de débats. Elle évoque l’installation de pare-soleils orientables. « Ce sont des éléments que les maîtres d’ouvrage publics n’aiment pas car ils demandent de la maintenance. »

L’architecte constate sur le terrain une double crise, climatique et économique, et un impact sur sa profession. « Il y a deux ans, le budget non voté à l’Assemblée Nationale et la suppression de subventions a mis à mal les collectivités publiques, nous sommes au bout de la chaîne et économiquement c’est très compliqué pour nous aussi. » Dans son agence, deux projets ont été arrêtés « du jour au lendemain sans être indemnisés ».

Depuis mercredi, les Journées Nationales de l’Architecture permettent au public de mieux découvrir ce métier au travers divers rendez-vous. Une manière de montrer le rôle des architectes « ces journées rappellent que l’on travaille dans l’intérêt de notre société » se réjouit Marie-Hélène Reich.

Infos complémentaires :

Programmation sur journeesarchitecture.culture.gouv.fr

Photo : Marie-Hélène Reich, DR

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