Alors que l’activité commerciale en zone rurale est en déclin, selon la Direction Générale des Entreprises, des maires souhaitent remédier à la perte d’attractivité des territoire par le biais de commerces ambulants. C’est le cas au sein des communes de Chaumes-en-Retz et de la Regrippière qui se sont équipées d’une supérette d’un genre nouveau.
40 m2 ouvert 7J/7
Façade en bois, et couleurs flashy, la « supérette ouverte 7J/7 » API comme le précise la banderole adossée devant l’entrée aimerait bien se tailler une place de choix dans les territoires. Au sein de l’aire urbaine de Nantes, Chaumes- en-Retz et la Regrippière ont décidé d’implanter ces supermarchés mobiles au sein de leurs communes respectives. Car les supérettes API, ce sont 152 magasins dans « tout le grand Ouest » nous détaille Lucie Chaplain responsable Impact de la marque. Ces minis « bungalow camping » de 40 m2 sont ouverts de 5 heures du matin à 23 heures le soir. Le principe est simple comme bonjour, une application mobile, ou un badge d’entrée, pas de salariés à l’intérieur du magasin, 700 références de la marque Carrefour et une place laissée aux producteurs locaux, à disposition des habitant(e)s. Mais quels sont les critères pour bénéficier d’une telle offre ? Comment les municipalités doivent-elles travailler en amont pour espérer faire partie du dispositif ? Décryptage.
Un engagement de 20 ans entre les communes et API
Au départ API, c’est l’ambition des quatre fondateurs : Jean-Luc Treillou, Alex Grammatico, Marie-Laure Basset et Julien Nau présentés comme des « entrepreneurs charentais, très sensibles à la question de la proximité rurale, du fait de leur vécu personnel et professionnel » précise le communiqué de presse de l’entreprise. Une première supérette API est ouverte dans la commune de Claix, transformant ensuite l’essai, avec plusieurs implantations principalement en Nouvelle-Aquitaine ainsi qu’en Pays de la Loire.
Pour les municipalités, l’obtention de l’agrément se fait sur plusieurs critères, comme avoir un minimum de 550 habitant(e)s et signer « une convention d’occupation temporaire du sol avec la commune sur 20 ans » que défend Lucie Chaplain parlant plutôt de « garantie […] que le commerce va rester ouvert plutôt qu’une fermeture au bout de 18 mois » Une clause de non concurrence avec un commerce alimentaire généraliste « à pas plus de 5 à 7 minutes de voiture » est également prévue.
A Chaumes-en-Retz le souhait de revitaliser le bourg de la Sicaudais
Un commerce alimentaire fermant au bout de quelques mois, c’est la mésaventure vécue par Chaumes-en-Retz, et plus principalement au sein de son bourg La Sicaudais. Chaumes-en-Retz est le résultat de la fusion le 1er janvier 2026 des communes de Chéméré et d’Arthon-en-Retz. La Sicaudais quant à elle « n’a jamais été une commune indépendante, mais toujours un hameau rattaché à une entité plus vaste » précise le site internet de la commune.
Et c’est justement au sein de ce hameau que la situation devenait difficile explique Jacques Malhomme 2ème adjoint, maire délégué d’Arthon-en-Retz et chargé du développement économique et de l’agriculture « le bourg de la Sicaudais est à 7 km de la centralité […] et représente à peu près 600 foyers en central et en périphérie » souligne-t-il. En 2020, les élus se penchent sur l’avenir de la mairie annexe, qu’ils décident de transformer en local, afin notamment d’accueillir une épicerie. Un porteur de projet se présente, créé un commerce alimentaire de proximité, mais au bout de 2 ans et demi met la clé sur la porte. Une situation analysée à froid par le maire adjoint « les prix étaient chers et il manquait de références »
Un reportage qui changera la donne
Alors qu’en 2023 l’élu voit « tout à fait par hasard » un reportage sur les supérettes API, il se dit « c’est exactement ce qu’il me faut pour le bourg de la Sicaudais » se remémore-t-il. Un processus long, 9 mois plus tard « comme pour un enfant » sourit-il, la supérette API va voir le jour. Pour la mairie commence une course contre la montre, il faudra créer un dossier en béton afin d’obtenir l’appui de l’entreprise à mission, entre études géographique, urbanistique et sociale. Car pour implanter ce bungalow, deux subventions de fonctionnement de l’ordre de 5000 € sont demandées la première et la deuxième année, explique Lucie Chaplain, avec un objectif de chiffre d’affaires fixé par convention. Même si l’entreprise ne communique par sur ce chiffre, la responsable Impact parle de 40 à 100 clients par jour, pour que le magasin soit rentable.
A la Regrippière : une supérette API et un distributeur de baguettes et de pizzas
Vivre sans commerce de proximité, c’est aussi ce qu’a vécu la commune de la Regrippière. Là aussi, le constat était tel qu’il n’y avait pas d’épicerie, ni de boulangerie-pâtisserie depuis 10 à 15 ans évoque le maire Pascal Evin. Pour cette commune de 1650 habitant(e)s, seul un café/restaurant avec dépôt de pain était présent. Quand un élu lui parle du concept des supérettes API, l’édile a souhaité se rendre sur place « j’ai demandé à ce que l’on aille en voir une ou deux dans le Maine-et-Loire » évoque-t-il. Cet ancien cadre pendant 30 ans dans la distribution, rassuré par des prix « hyper compétitifs » décide alors de tenter l’expérience, et depuis, la situation s’est améliorée selon lui « aujourd’hui on a une couverture des besoins qui est très importante pour les personnes âgées »
Un succès au rendez-vous ?
L’édile de la Régrippière en est convaincu, il a pris la bonne décision « c’est un gros succès, on est dans la première moitié en termes de chiffres d’affaires » énonce-t-il. Sur sa lancée, il a également installé un distributeur de baguettes et de pizzas au même endroit, et cherche actuellement à développer une maison de santé.
A Chaumes-en-Retz, la commune a bénéficié d’un effet boule de neige à son ouverture le 23 juillet dernier avec « plus de 150 passages par jour […] depuis cela s’est stabilisé entre 80 et 120 passages » précise l’adjoint Jacques Malhomme. Un succès donc, qui donne là aussi des idées à la commune, celle-ci a par ailleurs l’objectif de compléter son offre avec d’autres commerces ambulants, et notamment un salon de coiffure. En 2021, selon les chiffres communiqués par la Direction générale des Entreprises, plus de 21 000 communes rurales ne disposaient d’aucun commerce « soit 62%, contre 25% en 1980 » précise-t-elle depuis son site internet présentant le fonds de soutien au commerce rural.
Crédit photo : Supérette API – Mairie de la Regrippière
