Vendredi 25 septembre dernier, l’Institut pour les Savoir-Faire Français en lien avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat des Pays de la Loire ont récompensé trois talents ligériens. Une distinction dans le cadre de la finale régionale du Prix Avenir Métiers d’Art. Parmi les lauréats, Dorian Kerivel, 25 ans, diplômé d’un Brevet technique des Métiers Supérieur (BTMS) en ébénisterie au CMA Formation de Sainte-Luce-sur-Loire. Interview.
Vous êtes l’un des 3 talents distingués lors de la finale régionale du Prix Avenir Métiers d’Art, que représente pour vous cette récompense ?
C’est une reconnaissance dans le monde professionnel du travail effectué, au-delà du diplôme obtenu. J’avais déjà participé à ce prix il y a deux ans dans un niveau inférieur, pour moi c’est une superbe expérience humaine et professionnelle. Durant notre formation, nous avons tendance à rester entre ébénistes et la participation à ce prix permet de rencontrer des personnes partageant la même passion mais pour un autre artisanat.
Une oeuvre originale devait y être présentée, la vôtre s’intitule « Eclipse », où avez-vous puisé votre inspiration ?
J’étais en alternance et tout est parti d’une commande de mon patron qui souhaitait une pièce d’apparat pour le showroom* des salles de réunion. En discutant, on s’est rendu compte qu’un présentoir à spiritueux serait de circonstance. La salle dans laquelle sera exposée « Eclipse » est très horizontale donc j’ai souhaité avoir une pièce verticale pour rythmer l’espace.
Je ne voulais pas d’éléments comme des portes ou des tiroirs qui viennent casser la silhouette. J’ai créé des formes circulaires avec des éléments en rotation. Il y a eu beaucoup d’inspirations organiques pour créer « Eclipse » ayant nécessité environ 260 heures de travail, entre février et début mai.
Vous êtes récemment diplômé en ébénisterie, d’où votre intérêt pour ce savoir-faire artisanal vous est-il venu ?
Petit, j’aimais beaucoup bricoler avec mon père et mon grand-père qui faisaient du petit mobilier, des terrasses. Ça me plaisait mais je ne pensais pas forcément en faire une vocation. Je n’ai pas eu un parcours d’ébénisterie classique car j’ai d’abord eu un bac scientifique puis une licence en architecture. Je ne me projetais pas vraiment dans le métier car en architecture c’était très frustrant de concevoir des formes, de donner le travail à des artisans et donc de ne pas aller jusqu’au bout de la démarche.
J’ai commencé à me dire qu’il fallait que je me réoriente et l’ébénisterie m’est venue en tête puisque cela permettait de combiner création et réalisation ainsi que le travail du bois dans lequel j’avais baigné depuis l’enfance. J’ai réalisé une année de reconversion à l’Ecole Supérieure d’Ebénisterie d’Avignon (ESEA) puis j’ai intégré un BTMS ébénisterie permettant de plus se tourner vers le mobilier contemporain ou le monde du design.
Pour « Eclipse » vous ne souhaitiez pas de portes classiques, à quoi ressemblera désormais votre signature en tant qu’ébéniste ?
Cela fait grandement partie de ma signature, et j’avais discuté avec certaines personnes du public et du jury de cette philosophie d’avoir des ouvertures dans le meuble qui ne soient pas des portes ou des tiroirs mais plutôt des éléments en rotation. Je veux retranscrire ces principes forts dans mes créations. Il faut aussi savoir répondre à la demande d’un client, s’adapter.
La finale nationale du Prix Avenir Métiers d’Art se tiendra fin décembre en région parisienne, comment vous y préparez-vous ?
Ma pièce est déjà réalisée. Je dois préparer au maximum ma soutenance afin d’être à l’aise et de retranscrire au mieux ma philosophie et ma passion. Nous avons dix minutes de présentation de l’oeuvre. Lors de la soutenance pour mon diplôme, le jury était plus sensible à l’approche technique. Concernant le Prix Avenir Métiers d’Art, comme les membres du jury ne sont pas forcément du milieu de l’ébénisterie, c’est surtout la démarche créative et la passion qui les touchent.
Il faut préparer la logistique pour transporter le meuble à Paris, ma pièce est assez fragile, elle doit être démontée en plusieurs parties. Je remercie mon entreprise qui me laisse la possibilité de le faire, elle a accepté dès le début, elle a trouvé que c’était un super projet.
Découvrir le métier dans différentes entreprises
Dorian Kerivel a décidé d’attendre pour s’installer en tant qu’ébéniste professionnel afin de renforcer son savoir-faire. « J’ai envie d’enrichir mon expérience, en travaillant en intérim. De par mon parcours de reconversion, je n’ai eu que deux ans en alternance dans une entreprise spécialisée dans l’agencement et le mobilier de boutiques haut-de-gamme. Je pense que c’est intéressant, pour découvrir le métier, d’exercer dans différentes entreprises. A moyen terme, je m’installerai sans doute à mon compte en tant qu’ébéniste. »
Photo : Dorian Kerivel aux côtés de son oeuvre « Eclipse », Institut Savoir-Faire Français, Maël Gonnet*salle d’exposition
