L’Abbaye de Blanche Couronne située à La Chapelle-Launay faisait l’objet d’une restauration de grande envergure. Les travaux viennent de s’achever, désormais son avenir reste à écrire. Focus sur ce chantier de sept ans et les perspectives pour ce lieu où une fête se déroulera ce dimanche 12 avril afin de célébrer sa réouverture.
Fondée au XII siècle, l’ancienne abbaye bénédictine a été fermée en 2014 par arrêté municipal en raison de son insécurité. Endormie, elle s’est réveillée de manière éclatante en 2026 après sept années de travaux. Ses portes se sont rouvertes au public début avril.
Une survie orchestrée par de nombreux acteurs, avec un transfert de propriété
Debout depuis plusieurs siècles, ce site classé monument historique en 1994 a évolué au fil de ses propriétaires. A la fin du XIXe siècle, la Famille Toulmouche a accueilli des poètes, des peintres, créant une sorte de résidence artistique. En 1922, un asile d’aliénés y a pris place. Durant la Seconde Guerre mondiale, des anglais s’y sont installés puis l’abbaye a été occupée par les allemands. Une dense histoire donc et des dégâts causés.
A son chevet dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’association Les Compagnons de Blanche Couronne « qui a sauvé le bâtiment à partir de 1978 » explique Elie Moreau, le Président. Elle « avait fait des couvertures et poses de menuiseries provisoires » rappelle-t-il. Mais face à cet édifice mal en point, l’association a décidé d’en faire don en 2013 à la municipalité de La Chapelle-Launay. La commune a ainsi entrepris des travaux de restauration avec le soutien de l’Etat, de l’intercommunalité, du Département de la Loire-Atlantique et de la Région des Pays de la Loire mais un coup d’accélérateur est devenu indispensable afin de rendre possible une importante restauration.
« La Chapelle-Launay s’est tournée vers le Département pour que l’on puisse sauvegarder l’édifice. Il y a eu une cession à 1€ symbolique de cette abbaye » indique Dominique Poirout, Vice-Présidente Culture et patrimoine au Département de la Loire-Atlantique. La collectivité a déjà eu les clés puisqu’elle l’avait acquis en 1922 avant de le revendre en 1929. L’objectif avec cette décision était d’avoir un interlocuteur unique ayant « l’expertise dans la restauration des monuments historiques ». Le Département a une régie Grand Patrimoine de Loire-Atlantique regroupant les sites patrimoniaux ainsi qu’un service d’archéologie préventive et un service des restauration d’objets archéologiques.
Mise hors d’eau et hors d’air
« C’est un site rare et exceptionnel, il était important pour nous de lui redonner le rayonnement qu’il mérite » précise Dominique Poirout. « C’est aussi valoriser les différents monuments, avoir un enjeu sur les patrimoines qui ne sont pas dans l’agglomération nantaise ou nazairienne » ajoute la Vice-Présidente.
Le coût total de la restauration est de 5,7 M € dont 1,5 M € de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) et 750 000 € de la Région des Pays de la Loire. Découpé en plusieurs tranches, ce chantier a permis de restaurer le cloitre et l’abbatiale, des maçonneries intérieures, une partie des planchers, les sols, des vitraux et des peintures murales. « Tous les travaux qui étaient prévus de mise hors d’eau et hors d’air sans aménagements intérieurs pour l’instant, son terminés » résume Dominique Poirout.
Comme pour beaucoup de projets de ce type, certaines étapes n’ont pas pu être franchies. L’abbaye ayant une longue histoire, de nombreuses transformations ont été effectuées siècle après siècle demandant plusieurs interventions. « Dans le pavillon sud-ouest où sont les peintures murales, nous n’avons pas pu reconstituer des planchers car cela dépassait l’enveloppe et il n’y avait pas d’utilisation prévue pour l’instant » confie la Vice-Présidente.
« Tous les vitraux ont été remis, ils sont blancs, nous n’avions pas de photos d’origine pour restituer les vitraux tels qu’ils étaient. Il y a également eu le choix de ne pas refaire le quatrième côté du cloitre et la non restitution d’un petit clocher sur l’abbatiale » détaille Elie Moreau, Président des Compagnons de Blanche Couronne.
L’association qui a pu participer aux réunions sur le suivi des travaux a aussi contribué financièrement puisqu’elle a réalisé un don de 14 000 €. Un soutien permettant de remplacer des pots acoustiques, des poteries intégrées dans les murs de l’abbatiale, et salué par le Département « Nous leur en sommes reconnaissants » affirme Dominique Poirout.
Des découvertes remarquables lors des fouilles archéologiques
En parallèle de ces travaux, des fouilles archéologiques comme sur tout chantier chargé d’histoire. C’est l’équipe d’archéologues de Grand Patrimoine qui s’y est rendue. Un travail méticuleux réservant de belles surprises. Un enchaînement de découvertes remarquables particulièrement dans l’église abbatiale. Soixante sépultures ont été mises au jour. Des maçonneries enfouies ont aussi été dévoilées ainsi que des sols en tommettes.
Parmi les vestiges les plus impressionnants, des statues en tuffeau et des ardoises gravées de dessins. Plus étonnantes, des partitions musicales. Un travail que le public a pu contempler lors de visites dans le cadre des Journées Européennes de l’Archéologie notamment.
Une vie culturelle à définir
Sauver l’abbaye était l’objectif que s’était fixé le Département. Concernant la vie du lieu désormais, une nouvelle séquence débute. Elle prendra du temps et la réflexion ne sera pas terminée sur ce mandat. La première raison avancée par la Vice-Présidente ? Un Département n’étant « pas au mieux de sa forme budgétaire ». Priorités, « les dépenses obligatoires de solidarité […] Il faut retrouver ces possibilités de pouvoir mener des chantiers exigeants avec des moyens à la hauteur des monuments dont on a la charge ».
Mais construire la vie culturelle demande aussi une approche rigoureuse de l’histoire afin de la transmettre aux habitants. « Nous ne sommes pas dans l’évènementiel mais dans la vérité historique, nous considérons les lieux comme des réalités sociales, économiques et culturelles. Il faut mettre en place un projet scientifique et culturel, on n’en n’est pas encore là » assure Dominique Poirout. Des éléments sont à identifier comme les publics cibles et la réflexion doit être collective « peut-être une concertation citoyenne » imagine-t-elle.
En attendant, les Compagnons de Blanche Couronne qui ont une convention de partenariat avec le Département de la Loire-Atlantique effectuent l’entretien « La tonte du cloitre et les espaces verts autour » indique Elie Moreau. L’association a aussi programmé des visites, ce qu’elle va poursuivre. Auparavant, avant la fermeture de l’Abbaye, elle proposait des concerts, cette envie reste présente « C’était déjà bien avant la restauration, mais ça a beaucoup changé, c’est un nouveau volume intéressant d’un point de vue acoustique » se réjouit le Président. Les visites vont commencer le troisième dimanche d’avril, elles seront ensuite accessibles « tous les dimanche jusqu’à l’automne ».
Des métiers d’art indispensables
Les artisans à l’oeuvre entre 2019 et 2026 ont redonné son lustre d’antan à ce monument. Un savoir-faire traversant les époques et devant continuer de rayonner sur le territoire. Un soutien aux métiers d’art est donc indispensable selon la Vice-Présidente du Département. Ces chantiers de restauration permettant de « prolonger ces métiers ». La contrainte budgétaire étant ainsi vue comme un frein et une fragilisation de ce secteur. « Si on n’intervient pas, tous les métiers de la restauration sont en danger. On a un devoir en tant que collectivité de pouvoir contribuer à ces restaurations et de maintenir ces savoir-faire » argue-t-elle.
12 avril 2026, jour de fête
Le public est attendu à l’Abbaye de Blanche Couronne ce dimanche 12 avril. Ces festivités sont organisées par le Département en lien avec Les Compagnons de Blanche Couronne. Un programme varié de 13h30 à 18h. Visites commentées par l’association. Ateliers de démonstration de savoir-faire par les entreprises ayant participé à la restauration. Les personnes auront l’occasion de voir de près la taille de pierre, la taille des ardoises et des techniques de fabrication des pigments et des peintures murales. Des photos montrant le lieu avant, pendant et après seront aussi exposées.
Plus ludique, un quizz familial. Parenthèse musicale à 16h avec le choeur des élèves de CM1 et CM2 de l’école Jules Verne à La Chapelle-Launay puis un concert acoustique dans l’église abbatiale de 17h15 à 18h.
Une plongée dans cette Abbaye de Blanche Couronne où chaque recoin pourra faire briller les yeux des petits comme des grands. « On arrive par l’arrière du site sur sa face la moins sympathique mais lorsque l’on rentre dans le cloitre, il y a toujours la magie avec les arbres, le calme, on rentre dans cette atmosphère d’abbaye » s’enthousiasme Elie Moreau, Président des Compagnons de Blanche Couronne. Un sentiment partagé par Dominique Poirout « C’est une émotion intense parce que je suis persuadée que ces monuments ont des histoires à nous raconter et cette renaissance, c’est le passé qui ressurgit. »
Photo : Abbaye de Blanche Couronne, Paul Pascal – Département de Loire-Atlantique
