Cancer du sein : Le risque lié à la consommation d’alcool reste peu connu du grand public

L’Institut National du Cancer (INCa) estime que 8000 nouveaux cas de cancer du sein par an en France seraient liés à l’alcool. Zoom à l’occasion d’Octobre rose sur ce risque restant assez méconnu.

En France, 61 200 cancers du sein sont diagnostiqués par an. Il s’agit d’une maladie multifactorielle pouvant se déclarer en raison par exemple d’antécédents familiaux, de l’âge ou du manque d’activité physique. L’alcool a été identifié comme le premier facteur évitable.

De l’éthanol à l’acétaldéhyde

Une consommation d’alcool peut entraîner sept types de cancer : colorectal, oesophage, foie, bouche, larynx et pharynx. Le premier est celui du sein, quels sont les mécanismes l’expliquant ? En buvant une bière ou un verre de vin, de l’éthanol est ingéré, il est ensuite transformé en acétaldéhyde dans le foie, un composé endommageant les cellules mammaires. Les boissons alcoolisées dérèglent également l’équilibre hormonal, elles augmentent le taux d’oestrogènes qui « va accélérer les cellules cancéreuses » précise Emmanuelle Criaud, chargée de prévention à la Ligue contre le cancer 44.

Le risque augmente de 10 % après une consommation régulière d’un verre, double pour un second soit une progression linéaire. « Tous les alcools sont concernés, pas mal de gens pensent que ce n’est pas grave, que c’est juste du cidre, à partir du moment où ces boissons sont alcoolisées elles contiennent toute la même molécule l’éthanol » prévient-elle.

Une prise de conscience encore timide

Par rapport au tabac également facteur de risque, l’information semble plus lente à arriver chez les consommateurs et consommatrices. « Quand j’ai démarré l’addictologie il y a une trentaine d’années, on disait que ce n’était pas cancérigène, c’est une notion récente, ça avance pas mal vu le côté récent de la notion scientifique » nuance Jacqueline Kerjean, addictologue en Bretagne et Vice-Présidente de l’association Addictions France. 

A La Ligue contre le cancer, après avoir pris connaissance que seulement 21 % des femmes et 10 % des hommes connaissent le lien entre l’alcool et le développement d’un cancer du sein, le choix de sensibiliser à ce premier facteur évitable s’est imposé lors cet Octobre rose. Prendre un verre ne s’inscrit pas totalement dans un choix individuel mais est influencé par la société. Il n’est pas rare d’entendre des réflexions quand nous disons non pour une flûte ou une pinte « ah bon, tu ne bois pas ? Tu n’aimes pas ça ? ». 

La justification suit de très près le refus ce qui est différent par rapport au tabac pour lequel refuser n’entraîne pas une interrogation. « Il y a beaucoup de pression sociale comme des événements festifs. Si quelqu’un refuse une cigarette on ne va pas lui dire quoi tu ne fumes pas ? Pour l’alcool, c’est banalisé » regrette Emmanuelle Criaud. Constat partagé par Jacqueline Kerjean « On est dans une culture facilitant la consommation d’alcool, c’est un phénomène de société. Si dans la population générale, la consommation diminuait, on diminuerait la prévalence des cancers. »

Le regard des patientes

Lorsqu’une personne est atteinte d’un cancer du sein, en discutant avec elle la Ligue contre le cancer tient à rappeller que celui-ci n’est pas forcément lié à l’alcool car pour « 55 % d’entre-elles l’origine reste inconnue ». Lors de ces échanges avec ces femmes, c’est plutôt la manière de consommer qui est abordée. « C’est une question que l’on pose systématiquement quand on rencontre les patientes, on les interroge sur leur consommation afin de savoir si elles boivent de manière régulière afin d’évaluer la dose » explique quant à elle Marie Robert, oncologue à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest. 

Sur le risque en lui-même « les patientes ne posent pas d’elles-mêmes la question. Elle parlent peu de la récidive de cette manière » ajoute-t-elle. « On met beaucoup plus en avant les facteurs de risque hormonaux, le surpoids ou le manque d’activité physique. L’alcool, on en parle peu dans les médias, on a aussi en tant que médecin notre part de responsabilité, probablement que l’on aborde pas assez ce sujet » observe Marie Robert.

Les actions pour mieux informer

Des ateliers sont notamment organisés par la Ligue contre le cancer afin de parler de cette problématique sous la forme de jeux. Des questions sont posées aux participants, au début rien n’évoque le lien entre l’alcool et le cancer du sein. Premier point de surprise, ce qu’est vraiment un verre standard. « 10 cl de vin, parfois à la maison on va boire ce qui correspond à deux verres standards, il y a de la méconnaissance à ce niveau-là ». 

Lors de ces échanges, les personnes pensent d’abord au cancer de l’oesophage et du foie, elles sont étonnées pour le sein, des explications leur sont alors données afin de mieux comprendre les conséquences. Ce risque est aussi mis sur la table lors d’entretiens en addictologie « au cas par cas », cela est systématique durant des ateliers sur les conséquences de l’alcool. Autre moyen utilisé par Addictions France afin de lutter contre le « pinkwashing » (stratégie marketing autour du rose), l’identification de produits ou d’événements incohérents selon l’association.

« C’est ultra classique comme démarche marketing, plus on cible les femmes et jeunes plus on est sûr d’avoir une clientèle fidélisée dans l’addiction » insiste Jacqueline Kerjean prenant comme exemple les boissons Premix destinées aux jeunes avec des goûts « ultra sucrés «  et des « cannettes roses ». Un phénomène rencontré aussi durant Octobre rose. « L’année dernière, un marathon était organisé pour la prévention du cancer du sein, à chaque ravitaillement les participants pouvaient boire un peu d’alcool, on a prévenu l’organisateur en expliquant le risque de cancer, je pense sincèrement que cette personne était de bonne foi car elle a annulé du jour au lendemain. »

Où est en le dépistage du cancer du sein en Loire-Atlantique ?

Lorsqu’il est détecté très tôt, les patientes ont 90 % de chance de guérison. Ainsi, une mammographie est recommandée tous les deux ans à partir de 50 ans. En Loire-Atlantique, le taux de participation est de 50,5 % soit 0,5 point de plus qu’en Pays de la Loire et 4,5 points de plus qu’au niveau national selon les données de l’Observatoire régional de la santé des Pays de la Loire. L’objectif fixé pour 2030 en France est de 70 %, du chemin reste donc à faire. 

Une baisse est même constatée en dix ans, car le taux était de 61 % dans la région soit dix points de plus qu’aujourd’hui. « Cela diminue d’années en années, il y a encore beaucoup de travail à faire pour promouvoir le dépistage » s’inquiète Emmanuelle Criaud de la Ligue contre le cancer 44. Sur 1000 mammographies de ce type en 2024, 9,3 cancers du sein ont été diagnostiqués. Parmi les freins chez les femmes, l’absence de symptômes, la peur d’avoir mal et la peur du résultat. Autre obstacle, l’allongement des délais afin d’obtenir un rendez-vous. Emmanuelle Criaud encourage les femmes « à essayer de ne pas forcément attendre le courrier d’invitation » et à s’y prendre entre six mois et un an à l’avance. « Des créneaux s’ouvrent régulièrement, il ne faut pas hésiter à en solliciter plusieurs autour de chez soi ». 

Un dépistage qui doit donc être renforcé. Une même dynamique restant à trouver pour passer le message auprès du grand public sur le risque lié à la consommation de boissons alcoolisées. 

Photo : Une femme portant le ruban rose de sensibilisation au cancer du sein

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