Ils ne lâchent rien. Les lycéens continuent les blocus en Loire-Atlantique. Une journée marquée par une succession de dégradations comme au Lycée Nelson Mandela à Nantes. En parallèle, un blocage de l’Université de Nantes est mis en place depuis aujourd’hui et d’ores et déjà reconduit demain.
Au 1er octobre, 30 universités sont bloquées. Les étudiant(e)s ont décidé de leur côté de rejoindre le mouvement. Celui-ci a été initié il y a un peu plus d’une semaine par des lycées au sein de l’Académie de Créteil, il s’est répandu rapidement en France. Les protestations au départ sont des postes d’enseignant(e)s non pourvus. Mais pas que.
Manque de moyens, postes de professeurs, Parcoursup ou encore rénovation des établissements comme étendards
Car les revendications ne s’arrêtent pas là. Mobilisés depuis mi-septembre, les lycéens et lycéennes ont une liste de doléances. Sur les blocus, ils revendiquent leur situation, découragés par Parcoursup notamment, parcours post-bac devenu obligatoire et créé en 2018. Selon les statistiques, environ 130.000 élèves resteraient sans affectation au mois de juillet. Une sélection qui selon les futurs bacheliers/bachelières manquerait de transparence, jouant sur les algorithmes.
La canicule s’invite également, et plus particulièrement la rénovation des bâtiments. En juin, dernier, Edouard Geffray, Ministre de l’Education Nationale avait indiqué que « 6200 projets étaient soutenus d’une manière ou d’une autre, soit par le Fonds vert, soit par EduRénov » deux dispositifs publics de rénovation énergétique. Enfin, les emplois du temps à rallonge et le manque de professeurs font partie des points d’accroche. Un manque de moyens dont les lycéens et lycéennes se plaignent, parfois dans des matières importantes comme le français en première.
Le hall du lycée Nelson Mandela détruit ce matin
Alors que le mouvement prend de plus en plus d’ampleur, des dégradations successives ont eu lieu ce jeudi. Le hall du lycée Nelson Mandela a été détruit ce matin. Une information confirmée par Gaëlle Cordier proviseure adjointe du Lycée « Un incendie volontaire » dont l’origine n’a pas été précisée précise l’AFP. Une situation ayant valu une intervention de nombreux sapeurs-pompiers sur place peu après 10 heures ce matin. Des dégradations en cours d’expertise souligne le rectorat de Nantes « A la suite d’un rassemblement marqué par des violences en direction des personnels, l’entrée du lycée Mandela a été incendiée, les personnels et les élèves ont été évacués, les forces de l’ordre et les pompiers se sont rendus sur place, le feu a été maîtrisé. »
Trois lycées touchés ce matin à Nantes, neuf dans le département
Le lycée Nelson Mandela n’est pas le seul a avoir été touché, au total la préfecture de la Loire-Atlantique dénombre neuf établissements scolaires, dont trois à Nantes évoquant des dégâts « importants » comme au Lycée Talensac où une porte a été incendiée avant l’ouverture de l’établissement ce matin, ou encore un mouvement de foule et des poubelles brûlées au Lycée la Colinière. La préfecture, déplore « des individus violents » venus « s’agréger aux lycéens pour commettre des dégradations »
Réactions des élus politiques
« Le manque de considération du Gouvernement à l’égard de la jeunesse est une impasse grave » Johanna Rolland
Les élus politiques n’ont pas tardé à réagir. Johanna Rolland, Maire de Nantes, « condamne toute forme de violence et appelle au calme » l’édile cite des lieux « d’éducation pris pour cibles » n’hésitant pas à parler d’échec « dans une démocratie qui se veut adulte ». Mobilisée avec son équipe, elle partage sa préoccupation face à la situation appelant à ce que les « justes revendications du mouvement lycéen ne doivent ni être méprisées par le Gouvernement ni manipulées par des individus extérieurs et responsables de dégradations inacceptables »
« Aux lycéennes et lycéens qui manifestent actuellement, je veux vous dire une chose simple : je vous entends » Michel Ménard
Michel Ménard, président du Département de Loire-Atlantique dit entendre les revendications et les trouver légitimes « vos inquiétudes face à l’avenir, la pression de Parcoursup, les conditions d’études dégradées et les manques de moyens pour vos établissements » Mais en excluant toute forme de violences parlant d’un combat devant résider « dans sa justesse et dans la sérénité du débat »
« La violence n’est pas une réponse » PCF
Le PCF (Parti communiste Français) « condamne avec la plus grande fermeté les actes de violence et les dégradations » ayant touché le lycée Nelson Mandela de Nantes. Parlant d’un « acte grave et inacceptable » et appelant à la responsabilité collective, à l’apaisement tout en refusant « que les actes commis aujourd’hui occultent les aspirations exprimées pacifiquement par de nombreux lycéens » Avec un appel, celui d’une réponse politique.
Christelle Morançais présidente de la région des Pays de la Loire s’est exprimée dans un message posté sur X (ex Twitter)
« Le lycée Mandela au cœur de Nantes brûle. Des feux à des dizaines d’autres endroits. Partout les mêmes casseurs. Partout la même violence. Partout la même instrumentalisation politique. Aucune revendication à satisfaire, juste la volonté de semer le chaos et de tout détruire. Ce n’est pas la jeunesse de France ! Courage à nos policiers et à nos pompiers. »
Un premier blocage à l’Université de Nantes ce jeudi
« A Mandela, on a rencontré des lycéens sur place, ils nous ont dit qu’ils étaient frappés par ce qu’il s’était passé »
Théophile Pouillot-Chévara est membre du syndicat Union Pirate, pôle ouest de l’Union Etudiante. Contacté par nos soins*, l’étudiant en M1 Sociologie Politique et Action publique territoriale était en pleine Assemblée Générale, lorsqu’il a répondu à nos questions « il y a une très bonne énergie on doit être plus de 600 dans l’amphi, c’est une très grande réussite, on n’a pas vu cela depuis 2018 et la mobilisation contre Parcoursup ». Il y voit ainsi « un énorme succès, les camarades lycéens qui étaient sur les blocus ce matin sont venus y assister. Ils ont été accueillis très chaleureusement par les étudiants et étudiantes » nous relate-t-il.
Le mouvement des lycéens et lycéennes est encouragé par l’appel de deux syndicats : l’Union Etudiante et l’Union syndicale lycéenne. Les étudiants formés à l’Université entrent dans la danse avec un soutien sans faille à leurs cadets « les revendications portées par le syndicat étudiant depuis longtemps c’est la suppression de Parcoursup » souligne Théophile Pouillot-Chévara, mais également de la plateforme « Mon Master » qui selon l’étudiant a le même fonctionnement celui du « tri social ». Sur la situation au sein des blocus, il précise avoir fait une tournée ce matin pour constater la situation « A Mandela, on a rencontré des lycéens sur place, ils nous ont dit qu’ils étaient frappés par ce qu’il s’était passé, la mobilisation n’a pas du tout cet objectif » mais nuance toutefois « la majorité des lycées où nous sommes allés, ça se passe bien » Un autre blocus aura lieu demain matin sur le campus Tertre. La prochaine assemblée générale se déroulera demain dans la matinée.
Des actions dénoncées par l’UNI Nantes, syndicat des étudiants se décrivant comme le « Premier mouvement étudiant de droite présent dans plus de 50 universités françaises ». « Bloquer, incendier et priver les autres élèves de cours doit entraîner une réponse extrêmement ferme de l’Etat » dit-il par voie de communiqué de presse. « Une dizaine de milliers d’étudiants sont empêchés de suivre leurs cours par quelques dizaines de bloqueurs » ajoute-t-il. Il demande notamment à la Présidente de Nantes Université « de solliciter le concours des forces de l’ordre afin de lever les blocages » ainsi que l’interdiction des assemblées générales.
Des cours en visioconférence
Face à la situation le Ministre de l’Education Nationale Edouard Geffray demande des cours à distance lorsque « des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité » prises au cas par cas par les chefs d’établissement, en lien avec les autorités académiques. Edouard Geffray recevra vendredi les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d’élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne, a-t-il annoncé jeudi pour y évoquer la situation. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu, demande quant à lui à ses ministres d’annuler leurs déplacements dans les prochains jours.
Photo : L’assemblée générale ce matin à l’Université de Nantes, DR
*Propos recueillis par Céline Pollet
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