Le 3 juin dernier, le département a signé la charte « Ville et territoires sans perturbateurs endocriniens » du Réseau Environnement Santé (RES). Mais que contient cette charte ? Quelle est la feuille de route du département sur cet enjeu de santé publique ? Réponse avec Chloé Girardot-Moitié, Conseillère départementale du Canton de Nantes 7, Vice- Présidente Ressources, milieux naturels, biodiversité et action foncière.
Vous venez de signer la charte « Ville et territoires sans perturbateurs endocriniens » ce lundi 3 juin, que va-t-elle apporter concrètement aux habitants et habitantes du département ?
Cette charte vise à protéger la santé des habitants par rapport à leur exposition aux perturbateurs endocriniens. Ce sont des substances naturelles ou de synthèse qui vont perturber le fonctionnement des hormones. elles peuvent avoir des effets néfastes comme des troubles de la fertilité, des troubles neurologiques, être liées à différents types de cancers, des maladies chroniques comme le diabète. On sait qu’elles sont omniprésentes dans la vie courante, dans les aliments, les vêtements. Dans ces perturbateurs
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endocriniens, on a différentes familles, les phtalates, le bisphénol A ayant été interdit, les parabens. On sait qu’il y a un lien avec des problèmes de santé, malheureusement ils sont toujours présents. A défaut de pouvoir agir sur la racine, on va agir sur du préventif.
« Il y a des études montrant très directement le lien entre l’exposition aux phtalates et à la prématurité »
Ce sont ces mesures de prévention destinés aux habitant(e)s du département ?
Oui, on va agir au niveau de la collectivité pour interdire l’usage de tous les produits phytosanitaires et biocides contenant des perturbateurs endocriniens. On va aussi réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens dans l’alimentation en privilégiant l’alimentation bio notamment dans les collèges où 34 000 repas sont servis par jour dans 74 collèges publics soit 4,8 millions de repas/an en Loire-Atlantique. C’est aussi l’interdiction de matériels comme la vaisselle plastique utilisée pour cuisinier ou chauffer.
« On peut tout à fait favoriser l’agriculture biologique notamment par la commande publique, par le travail auprès des acteurs du territoire »
C’est aussi favoriser l’information de la population avec des campagnes de communication. Le département s’occupe de la PMI (protection maternelle et infantile ndlr), on a notamment des populations particulièrement vulnérables notamment les femmes enceintes, il y a des études montrant très directement le lien entre l’exposition aux phtalates et la prématurité. On fait des ateliers dit « nesting » Ils permettent d’identifier les sources de pollution à la maison et savoir comment se protéger. On a produit un guide « un environnement sain à la maison » diffusé par les PMI mais aussi auprès des assistantes maternelles. Il y a aussi des actions de formation avec un module spécifique sur la santé environnementale auprès des assistantes maternelles.
Le projet agricole et alimentaire départemental sera soumis au vote ce mois ci, vous souhaitez fixer une dynamique agricole à l’échelle départementale, peut-on s’attendre à une interdiction des produits phytosanitaires et biocides dans l’agriculture ?
Ce n’est pas une compétence du département. Nous on promeut le plus possible une agriculture respectueuse de l’environnement.
Vous allez donc favoriser une agriculture sans phytosanitaires et biocides.
On peut encourager le plus possible notamment par la commande publique, en alimentation biologique.
Vous allez inscrire dans le cahier des charges des appels d’offres la suppression des produits contenants des perturbateurs endocriniens, comment allez-vous évaluer ce critère ?
Il faut pouvoir analyser chaque commande afin de savoir quelle est la composition du produit, par exemple si on commande des peintures pour le bâtiment, il faut s’assurer de leur composition, si on sait que le PVC contient des phtalates comment on limite le recours à des produits dont on suspecte qu’ils en contiennent ? parce que l’on a pas forcément tout le temps l’information. C’est un travail à chaque commande de regarder la composition.
Cela va devenir un critère d’attribution supplémentaire dans les appels d’offres passés par le département ?
Tout à fait. C’est un critère d’éco conditionnalité dans la commande publique interdisant les perturbateurs endocriniens […] les entreprises, les structures voulant répondre à des commandes du département, leur offre devra être sans perturbateurs endocriniens. Cela peut être par exemple pour des meubles, du mobilier pour la collectivité, des prestations de traiteur, du bâtiment.
Vous parliez des professionnels de la protection maternelle et infantile transmettant des ressources aux parents concernant les pollutions au sein des foyers, comment va se dérouler leur formation et que contient-elle ?
Ce n’est pas nouveau, des formations existaient sur les enjeux de santé environnementale, l’action va se poursuivre. Il y a l’organisation de journées thématiques avec les professionnels afin de comprendre, d’identifier les sources de pollution.
Ces professionnels de la protection maternelle et infantile vont former des futurs parents, ces ateliers vont se dérouler sous quelle forme, comment l’information va-telle passer et comment les parents vont-être tenus informés de ces ateliers ?
Les premiers ateliers « nesting » ont débuté à l’automne 2021. Ils sont tous gratuits. Et les parents sont informés par différents canaux : de l’affichage et des flyers, de la communication directement par les professionnel.le.s de la Protection Maternelle et Infantile et des SMS envoyés par les Espaces Départementaux des Solidarités.
Vous faites écho à la loi Labbé, et à la loi du Bisphénol A, ce sont des lois qui sont anciennes, en 2014 pour la Loi Labbé et la loi Bisphénol A en 2012, au département cela fait combien de temps que vous travaillez sur cette charte ?
La charte est un engagement du projet stratégique de cette mandature, mais le travail sur les risques de pollution a déjà été amorcé depuis longtemps. Par exemple vous citez la loi Labbé, on avait mis en place deux ans avant cette loi son application en interdisant l’utilisation des pesticides pour l’entretien des bords des routes. Par exemple sur la PMI, on avait déjà mené des actions de sensibilisation sur les perturbateurs endocriniens avant la signature de la charte et la sensibilisation et l’information sur les sujets de santé environnementale, notamment par exemple les plastiques dans les jouets en PMI. La réflexion sur le plastique dans les cantines, cela date d’avant la charte. La charte elle vient accélérer, renforcer les actions que l’on mène, les structurer puis l’idée d’aller plus loin, de continuer toujours une démarche de progrès.
L’engagement contre les perturbateurs endocriniens s’inscrit dans le projet stratégique 2021-2028, quel est le budget prévu par le département pour cette action ?
Je ne peux pas vous dire de chiffres parce que c’est dispatché dans toutes les politiques, et puis comme c’était intégré avec des actions historiques par exemple sur l’entretien du bord des routes, sur le bâtiment, les produits d’entretien… on n’a pas chiffré parce que ça va s’intégrer de manière transversale. Ce serait intéressant de voir sur la politique que l’on le met en place, si on observe que cela génère un surcoût d’avoir des produits mieux en terme de qualité sans perturbateurs endocriniens, ou est-ce que finalement c’est neutre d’un point de vue budgétaire.
Crédit photo : Paul Pascal Département de Loire Atlantique
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