La Vallée du Charbonneau fait face à une prolifération du Myriophylle du Brésil, une situation confirmée par la municipalité et dénoncée par l’opposition en 2025. Quelle est vraiment cette espèce et est-elle dangereuse pour l’Homme ? Eclairage.
Des investigations en cours. Des odeurs « d’œuf pourri » ont été recensées dans la Vallée du Charbonneau mais également en amont souligne la Ville de Carquefou. Nantes Métropole ainsi que Suez ont mené plusieurs contrôles afin d’en détecter l’origine pouvant trouver une explication dans « des dysfonctionnements de réseaux d’eaux usées » explique la municipalité. Des prélèvements d’eau pour analyses physico-chimiques ont été envoyés en laboratoire, des mesures sur site par un agent de la Cellule Opérationnelle de Prévention des Risques de Nantes Métropole ont été réalisées mettant en avant que « l’appareil de mesure n’a pas détecté d’H2S (Hydrogène sulfuré ), ce qui veut dire que les concentrations restent faibles » précise la mairie.
Une présence de Myriophylle du Brésil
Des mesures de concentration en oxygène dissous du milieu ont été menées montrant « de faibles teneurs en oxygène dans le plan d’eau qui peut expliquer les odeurs : décomposition de matière organiques […] faibles niveaux d’eau, forte chaleur […], présence de myriophylle » Une situation dénoncée en octobre 2025 par le groupe des élus « Carquefou demain » au sein de son expression politique parlant d’une « urgence négligée » d’un étang du Charbonneau « envahi par le myriophylle du Brésil, plante hautement invasive » et « d’une grave atteinte à la biodiversité locale » Ainsi, une réunion s’était tenue notamment en présence de l’Edenn (Entente pour le Développement de l’Erdre Navigable et Naturelle)
Une espèce « envahissante » mais non dangereuse pour l’Homme
Cédric Barguil est technicien à l’Edenn. Au quotidien cet expert travaille notamment sur différentes espèces aquatiques. Interrogé par nos soins, il rassure directement, le myriophylle ne dégage pas de gaz et ne présente pas de danger pour la santé « elle n’est pas allergène, pas comestible mais pas toxique » explique-t-il. Cette espèce est d’ailleurs très connue puisque « importé pour les aquariums ou les bassins en ornement » souligne l’expert. Le Myriophille du Brésil est décrite par le Conservatoire Botanique de Brest (CNB) comme une plante vivace aquatique pouvant former des « tapis très denses » avec des tiges pouvant atteindre 3 à 4 m de longueur avec un diamètre de 3 à 5 cm. Une information confirmée par Cédric Barguil « sa problématique est quand elle se développe fortement, c’est que [le cours d’eau] ne devienne un mono spécifique, il n’y a plus que du myriophylle » qui n’a pas forcément de « prédateurs »
Cette plante peut perturber la biodiversité en place
Même si elle peut aider à l’envasement sur certains cours d’eau explique le technicien de l’Edenn, le myriophylle peut avoir « tendance à remplacer d’autres plantes plus locales » En effet, originaire d’Amérique tropicale et subtropicale, elle se développe dans des conditions favorables exotiques, notamment au sein de cours d’eau dépassant les 20 degrés « cela a pu jouer » admet Cédric Barguil qui s’est replongé dans la bibliothèque de l’Edenn « En 1998, il y a eu une étude qui avait été portée sur le myriophylle du Brésil sur le bassin versant de l’Erdre et qui mettait en évidence qu’il était envahissant et qu’il commençait à gêner la navigation » Une prolifération qu’a pu également constater le CNB parlant d’une perte « importante de biodiversité du fait de la dégradation des biotopes d’espèces de faune et de flores locales » Le technicien de l’Edenn, l’affirme le myriophylle peut gêner la navigation, et les bateaux participent également à son développement.
Une intervention humaine nécessaire ?
Même si des travaux d’arrachages mécaniques ont été réalisés en particulier au Portugal couplés à des arrachages manuels et un recours aux herbicides, selon Cédric Barguil, il faut avant tout penser aux enjeux en place sur site avant toute intervention « si on enlève du myriophylle du Brésil, on a de grandes chances que cela revienne » admet -il. Pour lui, l’une des causes de sa prolifération étant humaine est la prévention est nécessaire « on ne jette pas des plantes d’aquarium en milieu naturel » puis à réfléchir avant tout à l’avenir « cette année on a eu une année propice au développement de certaines espèces dont celles qui supportent la chaleur » nécessitant selon l’expert de travailler sur un plan climatique global, afin d’éviter que ce genre d’espèces reviennent d’années en années.
Crédit photo : Une touffe de Myriophille C. Barguil edenn
