Portraits, saynètes, abstrait, le street art continue de nous surprendre quand on se balade en milieu urbain. Un regard que l’on pose aussi en zone rurale avec de plus en plus de projets réalisés par des artistes en concertation avec des élus locaux.
Le découvrir à la faveur d’un lever ou coucher de soleil ou bien passer devant à toute vitesse dans le speed du quotidien, le street art apparaît telle une poésie dans les rues. Apanage du milieu urbain, il investit depuis quelques années le milieu rural à l’occasion de projets initiés notamment par des communes et intercommunalités. En ce moment, une série de fresques se constitue sur le territoire de la Communauté de Communes de Nozay.
Des oeuvres grand format dans de petites communes
En juin 2023, Fay-de-Bretagne voyait son Espace Madeleine devenir la toile d’une illustration d’Emmanuelle Houssais et réalisée en grand format par le collectif « Plus de Couleurs ! » Une création soutenue et inaugurée par la Communauté de Communes d’Erdre-et-Gesvres et la municipalité Fayenne. Des murs devenant [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »4,5,6,8″ ihc_mb_template= »1″ ]
supports d’art urbain, on en croise à Nantes comme du côté de Trempolino mais aussi dans plusieurs communes rurales en Loire-Atlantique comptant entre 1000 et 4000 habitants. Parmi elles, La Grigonnais, Puceul, Treffieux, Saffré ou encore Vay de la Communauté de Communes de Nozay.
Depuis 2022, Le collectif « 100 Pression » est reçu en résidence par l’intercommunalité qui accueille chaque année des artistes afin de « favoriser la présence artistique sur le territoire et faciliter l’accès à la culture pour le plus grand nombre » indique-t-elle sur son site internet. La résidence des cinq artistes de graffitis et de street art se déroule jusqu’en 2024.
Co-construire avec les élus
Lorsqu’il s’agit de street art mis en lumière dans l’espace public, des discussions s’engagent avec les élus. Dans le cadre de la Communauté de Communes de Nozay, un repérage est effectué avec eux afin d’identifier les espaces pouvant être recouverts de motifs. Ils partent en balade le plus souvent à pied afin de se rendre sur les sites pré-sélectionnés « en général, ils ont 2 à 3 idées de murs » précise Wide, membre de « 100 pression ». Cette immersion permet aux artistes de faire le point sur le patrimoine et l’histoire du lieu. « Certaines villes ont un passé minier que l’on ne voit plus, c’est important de ressortir cette histoire et la mettre sur les murs »
Parfois, aucun endroit n’est identifié alors l’oeil expert du collectif vient en aide « « On fait une visite et on regarde si un mur a un potentiel, on a un autre regard que les élus » explique Wide. Il prend comme exemple les perceptions concernant les dimensions « Pour eux, un mur monumental c’est 3m de haut, pour nous c’est 3 à 4 étages ».
Associer les habitants
Afin de donner naissance à une oeuvre, le collectif constitue un groupe d’élèves dans une école. Ils proposent ainsi des conférences dans une démarche de médiation où ils parlent du graffiti et du street art. « Quand on commence à montrer des images, où on voit un artiste face à un mur gigantesque, ils se rendent compte aussi de la vitesse à laquelle on peut aller. » Ils abordent les origines du graffiti venant des Etats-Unis ayant débuté par des pseudonymes apposés dans divers endroits de façon illégale.
« Pour certaines personnes, ça peut être négatif, ils s’imaginent quelque chose comme une dégradation ». Aujourd’hui le street art est amené à se diffuser dans le cadre de projets structurés au sein d’espaces privés ou publics. Cependant, il évoque la réaction d’un maire d’une commune de plus de 10 000 habitants dans un autre département « presque paniqué par un projet de street art en disant que ça allait baisser les loyers des quartiers ».
Avec les enfants, le collectif prend le temps d’échanger sur l’esquisse à venir « on essaie de voir s’ils ont des pistes et les aiguiller, ceux qui veulent dessiner peuvent le faire. » Leurs dessins sont récupérés et quand cela est possible intégrer dans l’oeuvre. La maquette est ensuite validée par les élus. Une fois sur place, les élèves peignent le bas du mur de chaque fresque sur une hauteur de 1,60m.
Un reflet de la société
Après Saffré et Vay, l’objectif est de donner naissance à un parcours. D’autres fresques seront élaborées à Nozay, Abbaretz, Treffieux, La Grigonnais et Puceul. « 100 pression » souhaite éditer une carte mentionnant les murs et les thématiques retenus incitant les personnes à venir les contempler. Côté thématiques, lesquelles figurent sur ces esquisses ? « Ce sont le vivre-ensemble et la biodiversité, ça reflète ce qu’il se passe dans la société » affirme Wide.
Un binôme du collectif s’attelle à chaque dessin, chacun ayant son esthétique, le rendu est différent sur le parcours. Wide se remémore la fresque de Saffré « C’était un support avec quatre petits pignons de maisons dédiées aux personnes âgées, comme on réalisait ce projet avec des enfants, on a voulu créer un lien intergénérationnel ». A Vay « c’était le thème du paysage rural ».
« Ce que je préfère c’est l’originalité, le street art est dur à définir, j’aime bien parler d’art urbain, ça englobe tout, un art qui est fait pour être sur des bâtiments » conclut l’artiste qui salue également la présence de murs libres dans certaines villes où les jeunes et artistes peuvent pratiquer cet art. Selon lui, ils montrent que les « villes s’adaptent » bien que cet accès soit davantage en milieu urbain que dans les communes rurales.
Ouvrez l’oeil car le street art s’invite désormais dans les alentours de Nantes.
Photo : Wide, Collectif « 100 Pression », Fresque à Saffré
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